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La nuit des intellectuels

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par Christine Bini

4 janvier 2019

Yann Moix est un être littéraire qui «se suicide à l’aveu». D'une mise à nue déchirante de ses blessures, il fait œuvre. Critique de son dernier roman.

Yann Moix

Avec Une simple lettre d’amour, en 2015, Yann Moix publiait un roman épistolaire à une seule voix, dans lequel il s’agissait, déjà, de mettre fin à une histoire d’amour. En cette rentrée de janvier 2019, il publie un roman dialogué dont le thème annoncé est la rupture. Ou plutôt, le fait de rompre. Le substantif et le verbe n’ont pas la même valeur : la rupture est un fait, elle est passée dès que le mot est prononcé ; rompre s’inscrit dans la durée, et même depuis le tout début de l’histoire. On rencontre une femme, on l’aime et l’on en est aimé, mais tout va, déjà, vers sa fin. Si les histoires d’amour finissent mal en général, elles finissent mal en particulier pour Moix. Il le sait. Il en souffre. Il sait même d’où viennent cette souffrance et cette malédiction. Mais au lieu de geindre, larmoyant, et de déverser son chagrin au fil du clavier, il écrit en écrivain.

Rompre est une écriture. Qui adopte la forme du dialogue imaginaire, forme bien connue en littérature, qui souvent a pour thème la philosophie, l’observation des temps ambiants, ou l’amour, bien entendu. Dans Rompre, le rôle de l’interlocuteur est dévolu à un double à peine voilé de Moix qui, par ricochet, devient le lecteur lui-même. A maintes reprises, les interventions de l’interlocuteur sont les conclusions ou les remarques auxquelles le lecteur est en train d’aboutir, ou qu’il voudrait faire : «Quelle atroce vision de l’amour…» ou «Ironie du sort, l’incipit de votre premier roman était : “ce que les femmes préfèrent chez moi, c’est me quitter.”», par exemple. Cette façon de faire rebondir l’histoire, par des incises brèves, justement envoyées, donne une lecture complice.

Que dit-il, Moix, dans Rompre ? Que l’idée de «couple» lui est insupportable. La présence est une amplification, la compagnie est une mutilation, explique-t-il. Le compagnon, la compagne, c’est celui avec qui l’on partage le pain. Pour Moix, tout au contraire, dans le couple on ne partage plus rien, on se dévore mutuellement. Ce n’est pas tant l’amour qui est en cause, que le compagnonnage. Alors, l’amoureux rompt, ou pousse à la rupture. Mais, au fil des pages de ce dialogue, se dessine bien autre chose. Moix est un être littéraire qui «se suicide à l’aveu». Son texte est tissé de références à Gide ou à Péguy – ses phares depuis toujours – et de renversements des propositions qui tiennent à la fois du baroque assumé et de la très (trop ?) bonne connaissance de soi :

«Je vais faire comme si la littérature était non seulement plus importante que la vie, mais qu’elle était la vie elle-même. Le travail me sauvera, comme d’habitude, et me tuera tout également. C’est à cause de lui que je ne vis pas. L’écriture m’aura confisqué l’existence. Il est trop tard pour bifurquer ; je continuerai dans cette voie.»

D’où vient-elle, cette certitude que la littérature est plus importante que la vie ? Nous, lecteurs, le savons depuis la publication de Naissance. Ce roman-monstre qui écrit – et non décrit – l’enfance battue et humiliée. Cette enfance-là, ancrée, inlargable, celle où l’on a découvert que la vraie vie, vivable, était donnée par les écrivains et non par les géniteurs, réapparaît avec fracas dans le deuxième versant de Rompre. L’histoire avec la femme envolée est presque oubliée. Oh, bien sûr, on se souvient qu’elle est partie avec un prof de yoga amateur de Paulo Coelho – elle serait partie avec Houellebecq, la douleur aurait été différente. Mais voilà qu’apparaissent Noémie, une camarade de prépa, et plus en amont encore, mais dans les toutes dernières pages, une fillette de 8 ans «blonde, mouchetée de confettis sur la joue». Ce sont deux histoires d’amour qui n’ont pas eu lieu, mais qui ont existé. Le jeune homme, puis – non, c’était avant, mais c’est puis dans le cours du dialogue, signe d’une flèche du temps inversée, significative d’une recherche d’explication psychologique, certes, et d’une malédiction dans les rapports avec les filles et les femmes, mais surtout d’une tenue parfaite du déroulement de l’ouvrage – le jeune homme, donc, puis l’enfant, éprouvent les «désastres de l’amour». Les ont éprouvés.

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«Se retrouver en situation de supplice, telle est la passion, jusqu’à sa mort, de celui qui enfant s’est fait rouer de coups, a subi les outrages les plus abjects. Comme un drogué court après le manque, l’enfant battu, devenu ce qu’on appelle communément un “adulte”, convoque à satiété la posture de victime.»

Ce que Moix nomme, en toute connaissance de cause, les «hématomes du passé», parcourt tout Rompre. Dans une mise à nue déchirante, de ses blessures, il fait œuvre.


Yann Moix, Rompre, éd. Grasset, 3 janvier 2019, 108 pages.

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